Idées

EXTRAIT | Révolutions animales, le livre événement préfacé par J. Goodall

Pour la première fois en France, les plus grands spécialistes internationaux dressent un portrait de l’état actuel des connaissances sur le monde animal.

Découvrez un extrait de l’article de Jane Goodall issu du livre événement : Révolutions animales, Comment les animaux sont devenus intelligents.

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De Gombe à l’éveil des consciences

J’ai toujours rêvé de travailler avec les animaux. Depuis mon enfance, je recherche la communion avec eux, je les observe pour mieux les comprendre. À l’âge de 23 ans, diplômée d’une école de secrétariat, j’ai été invitée au Kenya par une ancienne camarade d’école. Sans hésitation, j’ai embarqué pour l’Afrique où j’ai rencontré un homme qui a changé ma vie : le docteur Louis Leakey qui était alors un paléontologue et anthropologue renommé pour ses recherches sur les chimpanzés. Je crois qu’il a été intéressé par les connaissances sur la faune et la flore africaines que j’avais puisées dans des ouvrages. Il m’a embauché comme assistante et nous sommes ensuite allés ensemble dans la gorge d’Olduvai pour des fouilles fossilifères. Après avoir passé trois mois là-bas, nous sommes revenus à Nairobi, au Kenya, où j’ai travaillé dans le Musée national. Peu de temps après, Louis Leakey et moi avons évoqué la possibilité d’étudier un groupe de chimpanzés sur les rives du lac Tanganyika en Tanzanie. C’est là que tout commencera vraiment.

Une rencontre difficile

En juillet 1960, avec ma mère, Vanne, je suis arrivé au parc national de Gombe, au Tanganyika, pays qui deviendra la Tanzanie. Au début, j’ai eu beaucoup de mal à étudier les chimpanzés. Ils prenaient la fuite dès mon arrivée. J’ai mis plusieurs mois avant de pouvoir m’en approcher. Malgré des conditions de vie difficiles, rien ne pouvait ébranler ma détermination. Tous les jours j’explorais la forêt sans relâche. Progressivement, les chimpanzés se sont habitués à ma présence.

L’étude comportementale fut effectivement très longue. Heureusement, mes observations étaient riches d’enseignements. C’est en octobre 1960 que j’ai observé un chimpanzé en train de fabriquer et d’utiliser des outils pour attraper des termites. Je savais que j’étais alors le témoin d’un moment très important dans l’étude du comportement animal. Cette constatation a modifié notre conception de l’«homme» qui définissait à cette époque l’usage de l’outil comme exclusivement humain.

Les chimpanzés sont biologiquement semblables aux humains, nous avons en commun plus de 98 % de notre patrimoine génétique. L’homme partage avec les singes actuels des ancêtres identiques qu’on ne connaît pas. L’Homo sapiens serait en fait l’espèce actuelle la plus proche des chimpanzés, et réciproquement. Donc, parmi toutes les espèces vivantes actuelles, il n’y aurait aucun ancêtre, mais simplement des espèces qui sont plus ou moins apparentées entre elles. Aucune n’est « inférieure» à aucune autre. Seuls les degrés de parenté diffèrent, en allant des espèces les plus éloignées jusqu’aux espèces les plus proches de nous.

Une communauté soudée

Les chimpanzés ont une personnalité et ressentent des émotions, ils disposent de nombreuses capacités intellectuelles. Les membres d’une même famille maintiennent des liens forts et durables durant toute leur vie au point que la mort est vécue parfois comme une tragédie. Ils ne peuvent pas parler comme l’homme car leur larynx n’est pas disposé de la même façon. Mais certains chimpanzés, auxquels le langage des signes a été enseigné, sont capables d’utiliser ce moyen de communication en captivité. Dans la forêt, les chimpanzés peuvent communiquer entre eux à distance. Ils émettent des vocalisations qui leur permettent de se reconnaître et d’échanger des informations. Ils vivent en grandes communautés «multimâles-multifemelles » pouvant compter jusqu’à 80 individus, sous la direction d’un mâle dominant. Les communautés peuvent se scinder en sous-groupes en fonction de la disponibilité des ressources alimentaires. Enfin, je dirais que nous savons à présent expliquer l’importance des chimpanzés pour la forêt. Ils jouent effectivement un grand rôle dans sa protection : du fait de leur longue durée de vie, de leurs déplacements importants (plusieurs kilomètres par jour) et de leur consommation de fruits, ils assurent une dissémination des graines indispensable à sa ré-génération. S’ils disparaissent, c’est tout l’écosystème de la forêt qui sera en danger. Et je regrette que toutes nos connaissances actuelles ne permettent pas d’assurer leur avenir.

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Extrait de l’article de Jane Goodall, primatologue, Messager de la paix des Nations unies.

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Karine Lou Matignon (dir.), Révolutions animales.
576 pages, 38€, en librairie.

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