Idées

EXTRAIT | « La symphonie du vivant », de Joël de Rosnay

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Joël de Rosnay présente l’épigénétique : la révolution scientifique la plus importante de ces cinquante dernières années.

Découvrez un extrait du livre de Joël de Rosnay : La symphonie du vivant

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LA FIN DU «TOUT GÉNÉTIQUE » OU LA GRANDE RÉVOLUTION DE L’ÉPIGÉNÉTIQUE

Avant la découverte des fonctions secrètes de l’ADN non codant, la plupart des biologistes étaient persuadés que les êtres vivants n’étaient que le produit de leurs gènes.

En d’autres termes, nous serions déterminés par un «programme» génétique: le programme de la vie hérité de nos ancêtres. Cette conviction pose évidemment le problème de la responsabilité. Comment agir sur notre vie, changer nos comportements ou nous dépasser si nous sommes «programmés» pour posséder telle ou telle aptitude physique ou pour réagir de telle ou telle façon? Une vision clairement démotivante et plutôt démobilisante!

On a longtemps cru que l’ADN ne pouvait connaître de variations que par le biais de mutations qui mettaient très longtemps à se traduire, selon le principe de la sélection darwinienne. Nous savons depuis peu que notre ADN peut également être influencé par notre environnement personnel. Autrement dit, nos gènes proposent des partitions sur lesquelles nous pouvons largement improviser notre « symphonie du vivant ». Nous pouvons décider de fumer et de boire, ou de vivre sainement. Nous pouvons refouler nos émotions et enfouir nos traumas, ou faire une psychothérapie pour nous libérer. Nous pouvons rester assis toute la journée, ou faire de l’exercice. Nos choix influencent directement l’expression de nos gènes. En démontrant que l’ADN n’est pas seulement une question d’hérédité, l’épigénétique a bouleversé nos certitudes.

Selon l’expression du médecin et biologiste Henri Atlan, on assiste aujourd’hui à la fin du « tout génétique», c’est-à-dire à la disparition du postulat selon lequel le «programme ADN» contrôlerait entièrement le fonctionnement et la reproduction des êtres vivants. Les résultats des recherches en génétique démontrent qu’il n’existe pas de frontière absolue entre gène (l’ADN tout puissant) et environnement (notre milieu, nos comportements). Comme le souligne encore le professeur Atlan: « Il n’y a pas seulement programmation des systèmes complexes, mais détermination et régulation par interdépendances à plusieurs niveaux : métaboliques, fonctionnels, et épigénétiques. » C’est dans cette fluidité et cette adaptation permanentes que l’épigénétique prend tout son sens, et non dans un hypothétique programme préécrit ou pré-déterminé. Et si un tel «programme» existait, celui-ci nécessiterait évidemment « les produits de sa lecture et de son exécution pour pouvoir être lu et exécuté ».

L’acquis joue donc un rôle décisif. Les informations provenant du milieu extérieur modulent l’expression des gènes, en inhibant ou désinhibant certains en fonction de notre environnement (n’oublions pas que l’essentiel de l’activité de nos gènes est le résultat d’une régulation). Les êtres vivants disposent ainsi d’un réel potentiel d’action sur leur génome. Leurs actes ont des conséquences, puisqu’ils peuvent activer des gènes et en mettre d’autres en veille. Et c’est cela qu’étudie l’épigénétique: les mécanismes d’activation ou d’inhibition des gènes, la modulation de leur expression par les comportements ou l’environnement. Ces modifications sont réversibles, comme l’a prouvé l’exemple des abeilles. Je montrerai plus loin qu’elles sont aussi, en partie, transmissibles d’une génération à l’autre, ce qui pose la question de l’hérédité des caractères acquis.

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La symphonie du vivant, pages 28-30.

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Joël de Rosnay, La symphonie du vivant.
240 pages, 20 €, parution le 8 mars 2018.

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