Idées

Bernie Sanders, l’homme qui pouvait changer la face du Monde

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Le best-seller mondial arrive en France.

Dans Notre révolution, Sanders partage l’expérience de sa campagne, relatant les péripéties de la primaire historique à laquelle il a participé, et des personnes qui l’ont rendue possible. Pour les millions de citoyens qui veulent poursuivre la révolution politique, il trace un plan d’actions en matière de conversion de l’économie, d’écologie, de justice sociale et de lutte contre les discriminations, qui permettrait de créer de nouveaux emplois, d’augmenter les salaires, de protéger l’environnement, d’assurer à tous une couverture santé – et finalement de transformer notre pays et notre monde. Nous n’en sommes selon lui qu’au début d’une révolution politique. Sa campagne est terminée, mais le combat continue. Découvrez dès à présent son introduction :

Quand nous avons démarré notre course à la présidence, en avril 2015, l’establishment politique et les médias considéraient que nous menions une campagne «anecdotique»; il ne fallait pas nous prendre au sérieux. Après tout, je n’étais sénateur que d’un tout petit État, et ma notoriété était mince. Nous n’avions à notre disposition ni argent ni organisation politique, et nous nous heurtions à tout l’appareil du Parti démocrate. De plus, nous étions confrontés à l’opération politique la plus puissante qui soit dans le pays. En effet, la machine Clinton avait déjà remporté deux fois la victoire à la présidence pour Bill, et presque réussi à obtenir l’investiture démocrate pour Hillary en 2008.

Or, quand notre campagne est arrivée à son terme en juillet 2016, il s’est révélé que les commentateurs s’étaient trompés. C’est nous qui avions fait l’histoire et mené l’une des campagnes les plus marquantes de l’Amérique moderne, une campagne qui va changer très profondément le pays.

Nous avons obtenu plus de treize millions de voix aux primaires et aux caucus qui ont eu lieu à travers les États-Unis. Nous avons remporté vingt-deux États, dont beaucoup très largement. Nous avons obtenu 1846 délégués à la convention démocrate, soit 46% du total.

Dans presque tous les États, nous avons gagné à une forte majorité chez les jeunes, qui représentent l’avenir de l’Amérique. Nous avons décroché de gros pourcentages de voix auprès des jeunes blancs, noirs, hispaniques, asiatiques et amérindiens. C’est nous qui avons défini ce qui sera demain à l’ordre du jour.

Le 25 avril 2016, le Washington Post a fait état d’un sondage mené par le Harvard Institute of Politics. «Les données rassemblées par les chercheurs de l’université Harvard suggèrent non seulement que la campagne conduite par Sanders a rendu la primaire démocrate étonnamment concurrentielle, mais aussi qu’il a modifié la façon dont la génération du Millénaire voit la politique», écrivait le directeur des sondages John Della Volpe. «Ce n’est pas un parti qu’il déplace vers la gauche, c’est une génération», ajoutait-il en parlant du sénateur du Vermont. «Qu’il perde ou qu’il gagne, il a un réel impact sur la manière dont une génération − la plus nombreuse dans l’histoire de l’Amérique − conçoit la politique. »

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Alors même que l’apathie politique est élevée, le taux de participation très faible, et que des millions d’Américains se détournent de la politique, notre campagne a mobilisé le soutien énergique de centaines de milliers de volontaires dans tous les États du pays. C’est nous qui avons tenu les plus gros meetings et, au total, plus de 1,4 million de personnes ont assisté à nos réunions publiques.

Par suite de notre victoire dans un grand nombre d’États, cinq nouveaux présidents au moins ont été élus à la tête du Parti démocrate de leur État, ce qui représente une révolution politique. De plus, un grand nombre de candidats progressistes, dynamisés et soutenus par notre campagne, se présentent à des sièges qui vont des conseils d’école au Congrès − et beaucoup vont gagner. C’est un sang nouveau, une énergie nouvelle que nous avons réussi à injecter dans le processus politique.

Nous avons aussi montré − ce qui peut changer pour toujours la politique en Amérique − qu’on peut mener une campagne nationale de terrain qui soit compétitive sans solliciter les contributions de millionnaires et de milliardaires. Nous avons été la seule campagne à n’avoir pas bénéficié de super PAC, et nous en sommes fiers. Fait sans précédent dans l’histoire américaine, nous avons reçu quelque huit millions de dollars en contributions de campagne individuelles. Elles s’élevaient en moyenne à vingt-sept dollars. Ces dons émanaient de 2,5 millions d’Américains, en majorité à revenus faibles ou modestes.

Pendant la campagne, nous avons fait porter le débat sur des questions que l’establishment cachait sous le tapis depuis bien trop longtemps. Nous avons attiré l’attention sur le niveau grotesque qu’atteignent les inégalités de revenu et de richesse dans notre pays et sur l’importance que revêt la partition des grandes banques qui ont mené notre économie au bord de l’effondrement. Nous avons dénoncé nos politiques commerciales effroyables, notre justice pénale en lambeaux, l’absence de soins médicaux et d’accès aux études supérieures. Nous avons abordé la question de la crise mondiale que suscite le changement climatique; nous avons indiqué à quel point une vraie réforme globale de la politique d’immigration est indispensable ; nous avons souligné combien il est important de développer une politique étrangère qui privilégie la diplomatie plutôt que la guerre, et tant d’autres sujets.

L’écho que nous avons obtenu a montré que nos idées étaient loin d’être minoritaires. Des millions d’Américains veulent un programme résolument progressiste qui s’oppose à la classe des milliardaires et crée un gouvernement travaillant pour tous, et pas seulement pour les gros donateurs.

Le large appui populaire qu’a reçu notre programme a contribué à changer le Parti démocrate et forcé la secrétaire d’État Clinton à rapprocher sa position des nôtres dans nombre de domaines. Quand sa campagne a commencé, Clinton soutenait le partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP) et l’oléoduc Keystone. Quand elle s’est terminée, elle était opposée aux deux. À la suite des négociations qui ont eu lieu entre les deux camps après la fin de la campagne, la secrétaire d’État Clinton a adopté sur les études supérieures et les soins médicaux des positions audacieuses qui l’ont rapprochée de ce que nous avions défendu.

Notre campagne a aussi eu un grand impact sur la rédaction de ce qui représente la plateforme la plus progressiste dans l’histoire du Parti démocrate. Même s’ils étaient minoritaires, nos partisans y ont beaucoup contribué. Voici par exemple ce que le Parti démocrate défend désormais :

• un salaire minimum fédéral de quinze dollars de l’heure, l’ex- tension de la Sécurité sociale et la création de millions de nouveaux emplois qui seront nécessaires pour rebâtir nos infrastructures en miettes ;

• la partition des banques too big to fail et la création d’un Glass- Steagall Act du xxie siècle ;

• la suppression des niches qui permettent aux multinationales d’échapper aux impôts fédéraux et de cacher leurs liquidités dans les paradis fiscaux offshore ;

• la lutte contre le changement climatique par l’instauration d’un prix plancher du carbone et la transformation de notre système énergétique afin de réduire la part des combustibles fossiles ;

• une réforme majeure de la justice pénale comprenant l’abolition de la peine de mort, la fin des prisons privées et la transition vers la légalisation de la marijuana ;

• une réforme de l’ensemble de la politique d’immigration ;

• le programme le plus global qu’on ait jamais vu pour la protection des droits des Amérindiens.

Durant les quinze mois qu’a duré la campagne, je suis revenu encore et toujours sur un point central que je tiens à reprendre ici: l’enjeu de cette campagne n’était pas seulement l’élection d’un président des États-Unis, si énorme cela soit-il. Il s’agissait de la transformation de l’Amérique. Le vrai changement ne vient jamais d’en haut, mais toujours d’en bas. Il émane des gens ordinaires qui, par millions, sont prêts à se lever et à se battre pour plus de justice.

C’est ce que nous apprend l’histoire du mouvement syndical. Et celle du mouvement des femmes. Ou encore celle du mouvement pour les droits civiques. Ou pour les droits des homosexuels. Ou pour l’environnement. C’est l’objet de tout mouvement sérieux pour plus de justice.

C’est l’objet de la révolution politique.

À la fin de ma campagne, je me suis senti bien plus optimiste quant à l’avenir de notre pays qu’au début. Comment aurait-il pu en être autrement? Dans les champs de Californie, je me suis adressé à des milliers de travailleurs de toute provenance qui s’étaient rassemblés a n de transformer notre pays. Ils étaient ouvriers agricoles, défenseurs de l’environnement, militants homosexuels, étudiants. Ils savent, et je sais, que nous sommes plus forts quand nous nous unissons et ne laissons pas les démagogues nous diviser selon la race, le genre, l’orientation sexuelle ou l’origine.

À Portland, dans le Maine, par une froide journée, des électeurs ont dû faire longuement la queue dehors pour voter au caucus. En Arizona, il a fallu à certains cinq heures pour voter − mais ils sont restés et ils ont voté. Dans tout le pays, on se bat pour que vive la démocratie et pour que nous cessions de dériver vers l’oligarchie.

À New York, j’ai participé à un piquet de grève avec des ouvriers bien décidés à ne pas laisser Verizon réduire leurs prestations et externaliser leurs emplois. Ils se dressaient contre la scandaleuse cupidité de leur entreprise. Ils se sont battus ensemble, fiers d’être unis. Et ils ont gagné.

À Washington DC, j’ai manifesté avec des ouvriers sous-payés qui voulaient expliquer qu’ils ne peuvent survivre avec le salaire minimum de misère qui prévaut actuellement et qu’il nous faut l’augmenter à un niveau permettant vraiment de vivre. Leur message et leur combat ont eu un écho dans tout le pays.

Ce livre décrit la campagne historique que nous avons menée, mais, ce qui est plus important, il regarde vers l’avenir. Il présente une voie nouvelle pour l’Amérique, fondée sur des principes de justice économique, sociale, raciale et environnementale. Au nom de nos enfants et petits-enfants, c’est la voie que nous devons suivre et le combat que nous devons gagner.

La lutte continue.

Bernie Sanders, Notre révolution.
528 pages, 27€, parution le 20 septembre.

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