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EXTRAIT | Pouvons-nous éviter une autre crise financière ? de Steve Keen

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Une crise analogue à celle qui, en 2007-2009, a provoqué le plus grand effondrement boursier de l’histoire, peut-elle se reproduire prochainement ? L’ouvrage de Steve Keen explique pourquoi il faut malheureusement répondre par l’affirmative.

Découvrez un extrait de la préface de l’essai de Steve Keen: Pouvons-nous éviter une autre crise financière ?, par Gaël Giraud.

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Le krach des subprimes était supposé constituer, pour les marchés financiers, ce que le cyclone Harvey aura représenté pour le Texas : un hapax qui se déchaîne une fois par siècle. Mais voilà : après Harvey, il y aura eu l’ouragan Irma, puis José, sans même évoquer la mousson qui, exactement au même moment, dévastait le Bangladesh, l’Inde et le Népal… Or il est vrai que les crises financières se succèdent à la manière des tempêtes, une tous les cinq ans en moyenne, depuis que l’Occident a entamé l’expérience de libéralisation des marchés financiers au début des années 1980.

N’a-t-on pourtant pas pris des mesures pour éviter le pire ? Aux États-Unis la loi Dodd-Frank, en Europe la séparation bancaire puis l’Union bancaire européenne, ne garantissent-elles pas, comme on l’a répété à l’envi, que le contribuable ne sera plus jamais sommé de voler au secours de banques en faillite ? Que le mécanisme pervers de privatisation des profits et de socialisation des pertes, dont tout le monde s’est accordé à considérer qu’il est nuisible à la santé d’une économie (sans même parler de justice sociale…), que ce mécanisme, donc, ne se mettrait plus jamais en œuvre ? Las, l’effondrement de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena fin 2016, entre Noël et le Nouvel An, témoigne du fait que les progrès enregistrés depuis 2008 dans le processus de prévention des catastrophes et de sauvetage bancaire sont insuffisants. Le phénomène que décrit Steve Keen dans ce qui suit est d’amplitude planétaire, tout comme le fut le krach de 2007-2009, dont les ondes de choc n’ont épargné quasiment aucun pays et continuent de déprimer nos économies encore aujourd’hui. Aussi la perspective de l’économiste australien est-elle, à juste titre, résolument mondiale. Mais, pour le lecteur français, il n’est pas inutile de la situer dans le contexte du continent européen.

Un secteur bancaire italien sinistré

En décembre 2016, la banque toscane Monte dei Paschi di Siena a lancé une augmentation de capital de 5 milliards d’euros afin d’éviter la faillite. L’échec de cet ultime recours conduit le gouvernement italien et la Banque centrale européenne à élaborer différents plans de sauvetage de la plus ancienne banque du monde (sa fondation remonte à 1472), qui aboutiront, en juillet 2017, à une recapitalisation de 8,1 milliards d’euros, dont 5,4 milliards à la charge de l’État italien. Ce dernier devrait avoir une participation de 70 % dans la banque de Sienne au terme d’un « sauvetage » qui inclut la fermeture d’environ 600 agences sur les 2 000 que compte le groupe et la suppression de 5 500 emplois. Ce désastre, relayé avec une étonnante discrétion par les médias européens hors de la péninsule italique, était attendu : les autorités européennes, la BCE et les grandes banques « du Nord » (notamment BNP Paribas et Deutsche Bank) sont au chevet de Monte dei Paschi depuis 2010 au moins.
Dans le même temps, deux banques régionales vénitiennes, qui avaient pourtant passé avec succès les stress tests de résistance aux risques extrêmes de la BCE , ont sombré à leur tour. Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca seront finalement rachetées pour un euro symbolique par le groupe bancaire Intesa Sanpaolo tandis que, de nouveau, toutes leurs pertes seront assumées par l’État italien.

Pourquoi le Fonds de résolution interbancaire européen, dont la fonction est de renflouer les banques en détresse, n’a-t-il pas été sollicité ? Si l’esprit de l’Union bancaire européenne – faire intervenir le Fonds et contraindre les investisseurs et les créanciers à assumer les pertes qui leur reviennent selon le droit – avait été respecté, d’autres banques auraient risqué d’être mises en péril en raison du risque systémique dont ces deux petits établissements régionaux vénitiens sont porteurs pour l’ensemble du secteur bancaire de la péninsule italique. Ce dernier ne comporte-t-il pas plus de 330 milliards d’euros de créances non recouvrables dans ses bilans ? Selon le Wall Street Journal, l’épisode 2017 du sauvetage des banques italiennes aura coûté 24 milliards aux citoyens italiens. Comment, toutefois, Rome pourra-t-il sauver ses banques une à une (à la manière de Madrid) tout en respectant ses obligations de réduction de déficit? À terme, c’est l’ensemble du projet européen qui est mis en péril, car, comme l’a observé le député CSU Alexander Radwan, « des cas comme celui-ci rendent plus difficile à envisager l’approfondissement de l’union monétaire et économique…».

Etait-ce prévisible ?

Dans une lettre aux ministres des Finances de l’Union européenne datée du 9 octobre 2013, Olli Rehn, commissaire européen en charge de la surveillance des finances publiques, écrivait que, « selon le Pacte de stabilité et de croissance, des injections de capital par les États sont en général considérées comme des mesures exceptionnelles et temporaires, nécessaires pour assurer la stabilité financière, ce qui signifie qu’elles ne seront pas retenues à l’encontre de l’État membre dans le cadre de la procédure de déficit excessif ». Autrement dit, si un État recapitalise ses banques avec de l’argent public, il ne sera pas sanctionné ; en revanche, s’il accroît ses dépenses pour réduire le chômage, il ne manquera pas de l’être. Une telle « largeur d’esprit » témoigne de ce que les autorités européennes étaient conscientes depuis plusieurs années du risque systémique que court le secteur bancaire européen.

Du reste, j’ai remis en 2015 un rapport au Parlement européen, qui montrait que l’Union bancaire européenne, même dans sa version finalisée en 2023, ne protégera pas les contribuables du continent en cas de réédition d’une tempête financière semblable à celle de 2008 : les pertes pour les finances publiques seraient colossales, sans parler de la nouvelle dépression économique qui ne manquerait pas de s’abattre sur notre continent déjà mal en point. Ce diagnostic me paraît toujours valable aujourd’hui.

C’est la raison pour laquelle les perspectives tracées par Steve Keen dans les pages qui suivent sont décisives pour l’avenir du projet européen.

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Steve Keen, Pouvons-nous éviter une autre crise financière ?
160 pages, 16€, en librairie.

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