Idées

EXTRAIT | L’Avenir du capitalisme, l’essai inédit de Bernard Maris

lavenir-du-capitalisme-barnard-maris-les-liens-qui-liberent

L’Avenir du capitalisme, est le texte intégral et inédit de la conférence que Bernard Maris prononça à l’Institut Diderot. Dans ce court essai, il apporte un éclairage limpide et efficace sur la « puissance la plus décisive de notre vie moderne », le capitalisme.

Découvrez un extrait du premier chapitre de l’essai de Bernard Maris : L’Avenir du capitalisme

.

LE CAPITALISME EST-IL MODERNE?

A priori, non. Quelle est la spécificité du capitalisme par rapport aux autres économies ou à l’économie en général? L’économie est un système de production et d’échange de marchandises et de services entre les humains. L’économie commence lorsque l’homme cesse d’être un simple parasite de la nature et invente la domestication des plantes et des bêtes. Autrement dit, l’économie commence avec la rareté qui va de pair avec l’invention du territoire privé et de la propriété. L’enclos, le mur, la barrière vont de pair avec une privatisation de l’échange.
En même temps naît, avec homo hierarchicus, la grande division tripartite à laquelle George Dumézil a consacré Mythe et Epopéeet que l’on retrouve chez tous les peuples indo-européens : la séparation entre guerriers, prêtres et travailleurs. Les travailleurs, les producteurs libres ou, le plus souvent, esclaves, les commerçants sont le ferment du futur capitalisme et ils pratiquent ce que pratiquera toujours le capitalisme : l’épargne et l’accumulation par la constitution de surplus. La constitution de surplus (l’invention du détour de production, la mise à l’écart de forces productives pour constituer du capital, un moulin, un four par exemple) est au cœur du capitalisme. C’est la vieille métaphore de celui qui pêche et de celui qui apprend à pêcher: « pêche, tu te nourriras un jour; apprends à pêcher, tu te nourriras toute la vie ». Avec le surplus, le temps entre dans l’économie. Le capital c’est du temps (du temps de travail cristallisé dirait Marx ; les grands théoriciens autrichiens du capital Bohm-Bawerk, Von Mises et Schumpeter diraient que le capital est du temps détourné de la production, du temps économisé pour gagner du temps). Pourtant, l’économie des Phéniciens, des Babyloniens, des Egyptiens n’est pas le capitalisme, même si ces civilisations connaissaient le grand commerce.

Le grand commerce (vin, céréales, huile, esclaves, or, céramiques, verre, étoffes, cuirs, poteries etc.) est la première forme du commerce, autrement dit le commerce est international avant d’être national : le marché est d’abord un marché international. L’invention du marché national sera très tardive. Avec le commerce international (ou inter-villes, inter-cités, puisque la notion de Nation est très moderne) naît le concept d’assurance, corrélatif de la notion de prêt à intérêt, pratiqué par les Mésopotamiens, probablement les Phéniciens, puis par les Grecs et les Romains. À Gênes, en 1347, on trouve la trace du premier contrat d’assurance, et c’est à Gênes que naît la première société d’assurance connue. Cela signifie donc que le concept de marché dérivé, en apparence extrêmement moderne, c’est-à-dire l’assurance sur des variations futures de prix, est en fait aussi vieille que l’assurance elle-même. La commenda, qui donnera la société en commandite et, très tôt, les premières formes de sociétés par actions (on trouve une société par actions gérant les Moulins du Bazacle à Toulouse au XIIIe ), expriment très vite la synergie de l’aventure capitaliste.

.

lavenir-du-capitalisme-barnard-maris-les-liens-qui-liberent

.

Bernard Maris, L’Avenir du capitalisme.
80 pages, 7,80 €, en librairie.

Vous pourriez aussi aimer

Pas de commentaires

Laisser un commentaire