Idées

EXTRAIT | « Descente au cœur du mâle », de Raphaël Liogier

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Qu’est-ce qu’une femme aux yeux de nos sociétés contemporaines et comment devons-nous, collectivement, prendre conscience et réagir à ce nécessaire changement de paradigme ?

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Découvrez un extrait du livre de Raphaël Liogier : Descente au cœur du mâle.

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La promesse non tenue de la modernité

La modernité promettait à tous les humains les mêmes droits au nom de leur seule humanité. Mais, dès le début, les femmes en ont été exclues. Au mieux confinées, pour toute gratification, dans des salons intellectuels sans accès aux vrais pouvoirs institués. Les révolutionnaires voulaient bien qu’elles se soulèvent. Elles participèrent activement à toutes les grandes révolutions démocratiques européennes et américaines. Des promesses leur furent faites dans l’effervescence des événements. Pourtant, le Bill of Rights anglais de 1689 et la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ne concernent que les mâles. Une des premières féministes de l’Histoire, Olympe de Gouges, qui était aussi engagée pour l’abolition de l’esclavage et la lutte contre le racisme, rédigea en 1791 une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui ne fut pas ratifiée par la Convention. Elle ne demandait rien d’autre que l’application aux femmes des droits subjectifs ; elle demandait que ses congénères soient reconnues simplement comme citoyennes ; alors qu’elles restaient exclues du droit de propriété, du droit de vote, de l’essentiel des droits civils. Toujours inféodées à l’homme, au père, au chef de famille, à l’époux, au prêtre. Qu’avait changé la Révolution pour elles ? C’est la question que pose Olympe de Gouges. Les femmes ne sont-elles pas humaines ? Pourquoi les principes humanistes ne s’appliqueraient-ils pas à elles ?

[…]

Le chemin a ensuite été long pour, droit par droit, faire reconnaître aux femmes une égalité juridique qui aurait dû découler de la modernité des Lumières. Il faudra attendre le XXème siècle pour qu’elles obtiennent le droit de vote. La Nouvelle-Zélande fut en 1893 la première démocratie à leur octroyer définitivement ce droit civique élémentaire, 1944 en France. Mais les droits civils n’étaient pas encore acquis. L’article 1421 du Code civil français qui dispose que « le mari administre seul la communauté » n’a été aboli que le 23 décembre 1985. La condition du consentement de la jeune fille à son propre mariage n’a été que tardivement admis et jusqu’à la fin du XXIème siècle le viol entre époux était inconcevable. Ce n’est que le 5 septembre 1990 que la plus haute institution judiciaire française, la Cour de Cassation, a enfin reconnu le crime de viol entre époux durant le mariage.

Depuis le début du XXIème siècle, on peut dire que nous avons à peu près fait – dans les démocraties occidentales – le tour du cadran : les femmes sont enfin juridiquement les égales des hommes, après plus de deux siècles de luttes. Des femmes de plus en plus nombreuses se sont emparées des droits qui sont les leurs pour maîtriser leurs destins. Il y a des femmes patrons d’entreprise, ingénieurs de haut niveau, chercheuses, écrivaines, chefs de gouvernement. Cheffe du gouvernement pakistanais, Benazir Bhutto se permit même de rester en fonction pendant toute sa grossesse, sans que l’accouchement de sa fille en janvier 1990 n’interrompe son mandat. C’était la première fois de l’Histoire universelle qu’une chose arrivait à une cheffe d’État en exercice (à ce que l’on sait). Il faudra attendre 2018 pour que la jeune Premier ministre néo-zélandaise, Jacinda Arden, assume elle aussi sa grossesse pendant son mandat, prouvant que non seulement la féminité n’est pas incompatible avec les plus hautes responsabilités mais que la maternité ne l’est pas non plus.

Pourtant les hommes n’arrivent toujours pas à intégrer cette réalité dans leur mœurs. À réaliser qu’ils ne peuvent plus se comporter comme avant au quotidien. Une amie qui occupe un poste de dirigeante me confia récemment qu’elle avait le plus grand mal à être prise complètement au sérieux par ses propres collaborateurs. L’assistant d’un de ces collègues, donc hiérarchiquement inférieur à elle, lui demanda spontanément lors d’une réunion d’aller servir le café. Sans doute parce que les discussions, trop sérieuses, ne pouvaient pas intéresser une femme. C’est que l’on perçoit encore une femme, d’abord à travers son corps de femme, avec tout ce qu’il charrie dans l’imaginaire masculin/collectif d’histoire de son aliénation.

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Raphaël Liogier, Descente au cœur du mâle.
144 pages, 12,50 €, parution le 8 mars 2018.

 

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1 commentaire

  • Répondre
    Cruz
    30 avril 2018 à 19 h 39 min

    Bonjour. Je viens d’achever l’excellent livre (descente au cœur du mâle) de Raphaël Liogier. Et même, je l’ai acheté sur mon lieu de travail, je suis bibliothécaire !
    Juste : un peu plus de relecture, il y a plein plein de fautes d’ortographe… ça perce un peu les yeux 🙂

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